Par décret présidentiel signé le 21 janvier 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a reçu le feu vert pour mobiliser 1 650 milliards de FCFA sur les marchés nationaux et internationaux. Cette stratégie d’endettement massif vise un double objectif : relancer les projets d’infrastructure et, surtout, solder une ardoise critique de 485,4 milliards de FCFA d’impayés.
Alors que le stock de la dette publique camerounaise frôle désormais les 14 600 milliards de FCFA (environ 44% du PIB), le gouvernement passe à l’offensive. Ce nouveau recours à l’emprunt, bien qu’inscrit dans la Loi de Finances 2026, intervient dans un contexte de vigilance accrue des bailleurs de fonds internationaux comme le FMI.
La structure des emprunts : Entre local et international
Le plan de financement autorisé se fragmente en trois leviers stratégiques pour diversifier les sources de liquidités :
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1 000 milliards FCFA à lever sur les marchés financiers extérieurs (Eurobonds ou syndications bancaires internationales).
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400 milliards FCFA via l’émission de titres publics (BTA et OTA) sur le marché monétaire de la BEAC.
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250 milliards FCFA de prêts directs auprès d’organismes privés intérieurs.
L’urgence de l’apurement : 485,4 milliards à régulariser
Le point focal de cette opération est le traitement des « restes-à-payer ». Avec 485,4 milliards de FCFA d’impayés accumulés auprès des fournisseurs et prestataires de services, l’État fait face à une pression sociale et économique forte.
L’accumulation de cette dette intérieure pèse lourdement sur la trésorerie des PME locales, freinant la consommation et l’investissement privé. En injectant ces fonds pour apurer les arriérés, le gouvernement espère recréer un cycle de confiance et stimuler la croissance domestique.
Le paradoxe des financements non utilisés
L’analyse de cette nouvelle levée de fonds soulève toutefois une question de gouvernance. Au 30 septembre 2025, le Cameroun affichait plus de 5 600 milliards de FCFA de Financements Extérieurs Non Décaissés (SEND).
« Le défi n’est plus seulement de lever des fonds, mais d’améliorer notre capacité d’absorption. S’endetter pour payer des dettes antérieures est une nécessité de court terme, mais la pérennité de notre signature dépendra de notre capacité à transformer ces emprunts en infrastructures génératrices de revenus. »
— Analyse d’un expert financier à Douala.
Sur une ligne de crête financière
Bien que le ratio dette/PIB reste en deçà du seuil de convergence de la CEMAC (70%), la multiplication des emprunts commerciaux à taux élevés inquiète. Le service de la dette (remboursement du principal et des intérêts) devient une ligne budgétaire de plus en plus lourde, limitant les marges de manœuvre pour les investissements sociaux.
Pour 2026, le pari de Yaoundé est clair : utiliser le levier de l’endettement pour “nettoyer” le bilan de l’État et redonner du souffle aux entreprises locales, tout en espérant que la reprise économique suffira à couvrir les échéances futures.
La Rédaction, Banque Hebdo