Le sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEEAC et de la CEMAC, tenu récemment à Brazzaville, marque-t-il le début de la fin pour le Franc CFA en Afrique centrale ? Entre impératifs de souveraineté monétaire et nécessité de stabiliser les réserves de change, les décisions prises lors de ce sommet bousculent un système vieux de plusieurs décennies.
Un mot d’ordre : Rapatriement massif des devises
La mesure phare ayant fuité des échanges de haut niveau concerne l’exigence formelle du rapatriement des réserves des États et des entreprises publiques. Jusqu’ici, une part importante des avoirs extérieurs était logée hors de la zone, notamment auprès du Trésor français via le compte d’opérations.
Cette décision s’appuie sur deux leviers stratégiques :
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La consolidation des réserves de la BEAC : Face à une volatilité accrue des cours pétroliers en 2025, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) doit impérativement gonfler ses avoirs en devises pour maintenir la couverture de la monnaie.
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La pression sur le secteur extractif : Les États membres ont durci le ton face aux majors minières et pétrolières. L’obligation de domicilier les recettes d’exportation dans les banques locales n’est plus une simple recommandation, mais un impératif de sécurité nationale.
Rupture ou réforme paramétrique ?
Si certains observateurs parlent déjà de la « mort » du Franc CFA, les experts financiers de la sous-région préfèrent le terme de « mutation structurelle ».
Contrairement à la zone UEMOA (Afrique de l’Ouest) qui a déjà entamé sa transition vers l’Eco, la zone CEMAC (Afrique Centrale) avance avec une prudence dictée par sa dépendance aux matières premières. Cependant, le rapatriement des fonds est le premier domino d’une série de réformes attendues pour le second semestre 2026 :
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La suppression potentielle des représentants français dans les organes de décision de la BEAC.
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La fermeture progressive du compte d’opérations.
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Le changement de dénomination de la monnaie.
Les défis opérationnels pour le secteur bancaire
Pour les banques commerciales de la zone, ce virage souverainiste impose de nouveaux défis. Le rapatriement des réserves signifie un afflux de liquidités dans le système bancaire local, mais aussi une responsabilité accrue en matière de conformité (compliance) et de gestion du risque de change.
« Le rapatriement des réserves est un signal politique fort, mais c’est surtout un test de crédibilité pour notre architecture financière régionale », confie un analyste de la BEAC à Banque Hebdo.
Quel futur pour la parité fixe ?
La question de l’arrimage à l’Euro demeure le dernier verrou. Si le rapatriement des réserves offre plus d’autonomie, il prive également la zone de la “garantie illimitée” du Trésor français. À terme, la CEMAC devra choisir entre le maintien d’une parité fixe — qui assure une inflation basse — et une flexibilité plus grande pour stimuler la compétitivité.
L’avis de la Rédaction : L’accélération du calendrier politique montre que le statu quo n’est plus une option. Le Franc CFA, dans sa forme actuelle, vit probablement ses derniers mois. La transition vers une monnaie gérée intégralement par les instances régionales semble désormais irréversible, portée par une volonté commune de “décolonisation financière”.